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MISE A JOUR : mercredi 1er octobre 2014 - 19h:17

Retour à Safed avec des menottes

dimanche 19 juin 2011 - 07h:08

Budour Youssef Hassan - The Electronic Intifada

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Beaucoup d’attention a été accordée aux marches organisées par les réfugiés palestiniens au Liban et en Syrie sur les frontières avec la Palestine occupée, ainsi qu’aux courageuses manifestations au checkpoint de Qalandiya en Cisjordanie occupée et à Gaza.

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Les forces répressives israéliennes s’affrontent le 15 mai, jour de la Nakba, avec de jeunes palestiniens dans le quartier d’Isswiya à Jérusalem-est - Photo : ActiveStills

Mais les Palestiniens qui vivent à l’intérieur de ce qui est connu sous le nom de ligne verte, ou ligne d’armistice internationalement reconnue d’Israël avec la Cisjordanie occupée et Gaza, ont également organisé une marche le 15 mai. Nous avons convergé à la frontière avec le Liban, dans l’objectif de protester symboliquement contre le régime d’Apartheid qui a confisqué nos terres, nous impose sa discrimination et tente de nous dépouiller de notre identité nationale.

Le jour a commencé dans l’inquiétude. L’autobus qui était censé aller du village de Bédouins palestiniens d’Al-Araqib jusqu’à Jérusalem été arrêté par les forces de sécurité sraéliennes sur son trajet et trois des passagers ont été détenus par la police israélienne. Une heure plus tard, nous avons été forcés de trouver un autre conducteur pour nous emmener de Jérusalem vers la ville frontalière libanaise de Maroun al-Ras.

Dans notre long voyage vers le nord, nous suivions avec frénésie les nouvelles venant de Qalandiya, de Gaza, de Maroun al-Ras et du village de Majdal Shams, sur les hauteurs du Golan occupé par les Israéliens. Pour les 25 passagers de l’autobus, c’était un mélange d’inquiétude, de fierté envers le courage incroyable montré par les jeunes révolutionnaires palestiniens, et d’espoir. Très peu parmi nous ont cru réellement que nous pourrions arriver à la frontière et que nous puissions accueillir nos soeurs et frères palestiniens de retour dans leur foyer. Mais nous avons voulu envoyer un message clair à l’occupant israélien, montrant que nous sommes ici pour y rester et que la lutte des Palestiniens pour la liberté, la dignité et la justice est tout à fait résolue.

Alors que nous arrivions au checkpoint près du village détruit de Birim, des protestataires venus de Haïfa et de Nazareth ont été arrêtés ou forcés de repartir après avoir été violemment dispersés par la police israélienne des frontières. Les forces de « sécurité » ne nous ont pas laissés atteindre la frontière, ayant déclaré cette zone secteur militaire interdit. Nous avons donc décidé de maintenir notre protestation et de crier des slogans au checkpoint.

Armés de la puissance de notre juste cause et de nos voix fortes nous avons scandé des slogans pendant 25 minutes par solidarité envers nos camarades de Maroun al-Ras, de Majdal Shams, de Gaza et de Cisjordanie, et nous avons fait savoir que même après que 63 ans se soient écoulés, nous n’avions pas oublié la catastrophe de 1948 et que nous n’avions pas abandonné le droit au retour pour les réfugiés Palestiniens.

La police Israélienne en a eu assez et elle nous a ordonné de partir. Nous n’avons pas cédé et nous avons continué nos slogans. Meissa Irshaid, une juriste auprès du Comité Public contre la Torture en Israël, a essayé d’expliquer au commandant adjoint du secteur de la Galilée, Kobi Bachar, que notre présence au point de contrôle ne violait aucune loi. Mais juste pendant qu’elle parlait avec lui, Bachar l’a giflée brutalement, puis la police a commencé à nous frapper à coups de pied, puis à nous envoyer des gazs lacrymogènes et à arrêter des manifestants.

Maath Musleh, un blogger Palestinien pour la Voix de la Jeunesse de la Palestine [Palestine Youth Voice ] et consultant indépendant en médias sociaux, était l’un des huits militants qui ont été détenus dans la prison dans la ville de Safed pendant toute une nuit. Il a ensuite été asssigné à domicile pendant quatre jours. « J’étais juste le témoin des dix premières secondes de l’attaque, parce qu’ensuite quatre soldats s’en sont pris à moi et m’ont traîné dans la rue, » raconte Musleh.

« Un soldat m’a maintenu au sol avec son genou sur mon visage. Mes yeux regardaient un homme âgé déjà étendu au sol et j’entendais et sentais les grenades lacrymogènes tirées sur les manifestatnts pourtant pacifiques. Alors que Je regardais fixement les soldats dans les yeux, j’y ai vu de la crainte. Une crainte de la force [de ceux qui sont dans leur droit], une crainte de la force du peuple palestinien qu’ils n’ont pu briser durant ces 63 années, » a-t-il ajouté.

Décrivant la nuit passée à la prison de Safed, Musleh continue : « Quand J’ai été enfermé à clef dans ma cellule dans la prison de Safed, j’ai du constater les trois plus mauvais trois aspects de l’enfermemement en prison. Premièrement, c’était vraiment blessant de voir des Palestiniens travailler côte à côte avec votre ennemi pour vous opprimer ; le juge qui a nous imposé l’assignation à domicile pour quatre jours était un Arabe de même que certains des gardiens de prison. »

« Deuxièmement, Je me demandais si le mouvement en-dehors des murs de la prison continuait. J’ai été submergé par la crainte que le peuple ait cédé, » a ajouté Musleh. « Troisièmement, J’ai été accablé par le sentiment que certains aient sacrifié beaucoup plus que ce j’ai fait. Nous avons eu à déplorer la perte de dizaines de martyrs ce jour-là. Ces gens ont perdu leurs vies pour la défense de leurs droits. Tandis que moi je n’ai rien perdu. »

L’avocate Meissa Irshaid, qui a été également détenue pendant une nuit et assignée à domicile pendant quatre jours, a parfaitement résumé la cruelle ironie de la Nakba : « Ma famille faisait partie des familles qui ont été expulsées de Safed en 1948. Il est ironique de constater que 63 ans après, j’aie été forcée de retourner dans ma ville natale de Safed avec des menottes aux poignets. »

* Budour Youssef Hassan est originaire de Nazareth. Elle est militante socialiste et étudiante de troisième année à l’université hébraïque de Jérusalem. On peut suivre ses activités sur Twitter

31 mai 2011 - The Electronic Intifada - Vous pouves consulter cet article à :
http://electronicintifada.net/conte...
Traduction : Nazem


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