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Mourir de faim pour être libre

samedi 18 février 2012 - 08h:44

Ali Abunimah

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Khader Adnan, actuellement en grève de la faim dans une prison israélienne, court le risque de mourir s’il n’y a pas un soutien au niveau international.

Signez la pétition auprès de la croix rouge internationale :
http://signon.org/sign/khader-adnan... *

Au moment où vous lirez ces lignes, Khader Adnan pourrait être mort. Après 58 jours complets en grève de la faim, son corps a largement dépassé le stade où ses organes vitaux peuvent cesser de fonctionner à tout moment. Mais Khader Adnan est en train de mourir pour vivre.

Ce boulanger de 33 ans palestinienne, mari, père, et étudiant diplômé a refusé toute nourriture depuis le 18 décembre, un jour après qu’il ait été arrêté lors d’un raid de nuit sur sa maison familiale par les forces d’occupation israéliennes en Cisjordanie. Il a perdu plus de 40 kg et sa femme Rand et ses filles, encore jeunes, ont décrit son aspect comme « bouleversant ».

Adnan, qui selon Israël est un membre du Jihad islamique, s’est vu appliquer une « détention administrative » de quatre mois décidée par l’armée israélienne - ce qui signifie qu’il est détenu sans inculpation et sans possibilité d’un procès, une pratique utilisée par Israël et qui remonte à l’époque coloniale britannique.

Hier, un tribunal militaire israélien a rejeté le recours d’Adnan contre sa détention arbitraire. Adnan ayant juré de poursuivre sa grève de la faim jusqu’à ce qu’il soit libéré ou inculpé, le juge - un officier de l’armée israélienne - aurait aussi bien pu condamner Adnan Khader à mort. Sauf s’il y a d’urgence une intervention internationale...

Bien que sa vie soit pendue à un fil, son courage reste intact.

« L’occupant israélien est allé jusqu’aux pires extrémités contre notre peuple, en particulier les prisonniers, » a écrit Adnan dans une lettre publiée par le biais de son avocat. « J’ai été humilié, battu, harcelé par les interrogateurs et pour aucune raison, et j’ai donc juré devant Dieu que je lutterai contre la politique de détention administrative dont moi-même ainsi que des centaines de mes codétenus sommes les victimes. »

Selon Amnesty International, qui a publié deux appels urgents pour Adnan, le 31 décembre dernier, 307 Palestiniens étaient en détention administrative dans les prisons israéliennes, dont 21 membres du Conseil législatif palestinien élu en janvier 2006.

« Je, soussigné, affirme que je résiste aux occupants non pas pour mon propre intérêt en tant qu’individu, mais pour l’amour de milliers de prisonniers qui sont privés des plus élémentaires Droits de l’Homme, tandis que le monde et la communauté internationale restent passifs », a écrit Adnan dans sa lettre.

En plus d’Amnesty, Human Rights Watch a aussi entendu le message d’Adnan, demandant à Israël de le libérer ou de l’inculper.

L’insistance d’Adnan pour sa dignité et sa liberté et son refus d’être brisé par un oppresseur d’une puissance extrême, contrastent fortement avec les actions de plus en plus improvisées et dénuées de scrupules des dirigeants palestiniens qui continuent à faire de douteuses offres de « réconciliation » qui ne mènent nulle part, et poursuivent avec Israël de soi-disant « négociations » qui n’ont aucune chance de libérer Khader Adnan, ni ses filles ni les millions de leurs compatriotes qui vivent sous l’occupation israélienne, la colonisation et l’apartheid.

Adnan a gagné le soutien de gens partout dans le monde. Des centaines de personnes ont organisé des manifestations pacifiques devant la prison israélienne d’Ofer - où ces personnes ont subi violence et arrestations de la part la police israélienne - et d’autres manifestations ont eu lieu à Washington DC, New York et Chicago. Beaucoup d’autres personnes ont jeûné en solidarité avec Adnan.

Le combat de Khader Adnan nous rappelle que la non-violence n’est pas un choix facile. Il est souvent le plus difficile.

Pourtant, le monde ne parvient toujours pas à agir. L’organisation de défense des prisonniers palestiniens, Addameer, a très certainement dit vrai en affirmant qu’elle « tenait la communauté internationale pour responsable de ne pas prendre les mesures nécessaires pour sauver la vie de Khader ». Elle a exigé « que l’Union européenne, l’Organisation des Nations Unies et le Comité international de la Croix-Rouge interviennent immédiatement auprès d’Israël avant qu’il ne soit trop tard ».

Et il y a le silence pesant de voix de premier plan comme Nick Kristof du New York Times, célèbre pour exploiter des histoires individuelles afin d’attirer l’attention sur les violations des Droits de l’Homme à travers le monde. Dans une colonne publiée en 2010 et intitulée « En attendant Gandhi », Kristof réprimandait les Palestiniens pour ne pas adopter des tactiques non-violentes.

Bien sûr, Kristof ne connaissait pas, ou était tout simplement ignorant de l’histoire riche et contemporaine de la résistance populaire en Palestine - si bien documentée par Mazin Qumsiyeh dans son récent livre, Popular Resistance in Palestine : a History of Hope and Empowerment [la résistance populaire en Palestine : l’histoire d’un espoir et d’une montée en puissance] - qui inclue les grèves de la faim. Des centaines de prisonniers palestiniens se sont l’automne dernier, imposés des semaines de grève de la faim contre les conditions carcérales punitives israéliennes, et beaucoup d’entre eux sont en grève de la faim aujourd’hui en solidarité avec Adnan.

Mais si Kristof et d’autres prétendent être « en attente de Gandhi », pourquoi n’interviennent-ils pas pour Adnan ? Après tout, c’est le Mahatma Gandhi lui-même qui, alors qu’il était emprisonné à répétition par les Britanniques, a utilisé la grève de la faim pour capter l’attention internationale sur la cause de son peuple.

De mémoire plus récente sont les grèves de la faim en Irlande par l’IRA et les prisonniers républicains dans la prison de Maze à Belfast en 1980-81. Dix de ces hommes - le plus célèbre étant Bobby Sands qui, à 27 ans, a enduré 66 jours - ont jeûné jusqu’à la mort. Au cours de cette grève, Sands a même été élu membre du Parlement britannique - un fait encore commémoré sur les murs de Belfast par l’apposition des lettres « MP » après son nom sur les fresques murales.

Le gouvernement de Margaret Thatcher avait refusé de céder aux revendications des grévistes de la faim, lesquels voulaient être traités comme des prisonniers politiques. Pourtant leur sacrifice a renforcé un soutien au niveau mondial et a fort embarrassé les Britanniques. La pression ainsi exercée a sans doute contribué à la paix.

La semaine dernière, Tommy McKearney qui a passé 53 jours en grève de la faim en 1980, a envoyé un message vidéo de solidarité avec Khader Adnan. McKearney, lui-même un ancien membre de l’IRA, a vécu pour contribuer à la paix dans son pays tout comme ses camarades l’ont fait en allant jusqu’à mourir.

Mais il aurait été plus sage que Bobby Sands et ses camarades n’aient pas eu à mourir, et que des politiques plus humaines aient prévalu à l’époque. Et il ne faut pas que Khader Adnan meurt aujourd’hui ou demain. Mais c’est au monde à s’exprimer maintenant et à le sauver.

La détermination, le courage sans concession et l’esprit de sacrifice d’Adnan ont capturé la pensée et le soutien de beaucoup de gens à travers le monde. Il mérite notre respect, mais le plus important en ce moment, c’est que nous fassions entendre notre voix pour lui.

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*Ali Abunimah est l’auteur de One Country, A Bold Proposal to End the Israeli-Palestinian Impasse. Il a contribué à The Goldstone Report : The Legacy of the Landmark Investigation of the Gaza Conflict.
Il est le cofondateur de la publication en ligne The Electronic Intifada et consultant politique auprès de Al-Shabaka, The Palestinian Policy Network.

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Note  :

* Texte de la pétition en français :

« Nous vous écrivons pour protester contre votre inaction devant la situation de Mr. Adnan Khader, en grève de la faim depuis le 17 Décembre 2011. Mr. Khader proteste contre sa détention administrative par les autorités d’occupation israélienne. La détention d’Adnan est basée sur un ordre militaire secret dont ni lui, ni son avocat ne peut connaître la teneur. D’après cet ordre, il doit rester en prison pour six mois, période qui peut être renouvelée sans limitation. Sa détention continue, sans procès, ni charges. Selon les lois humanitaires internationales, c’est de la responsabilité de la Croix Rouge internationale d’intervenir pour sauver sa vie en exerçant des pressions sur le gouvernement Israélien pour qu’il le relâche. »

14 février 2012 - Al-Jazeera - Vous pouvez consulter cet article à :
http://www.aljazeera.com/indepth/op...
Traduction : Info-Palestine.net - Claude Zurbach


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