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Sauver la vie de Khader Adnan, c’est sauver nos âmes

mardi 21 février 2012 - 08h:36

Richard Falk

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Le cas de ce prisonnier palestinien est emblématique de la cruauté intolérable d’une occupation prolongée.

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Le 20 février, Khader Adnan a entamé son 65e jour de grève de la faim - Photo : EPA

Dernière information - La cour suprême israélienne a décidé d’examiner le recours déposé déposer par l’avocat de Khader Adnan, ce mardi 21 février, d’après Ma’an news

Le monde regarde tandis qu’une tragédie se déroule sous ses yeux. Khader Adnan est entré dans sa 61e journée comme gréviste de la faim dans une prison israélienne, emprisonné en vertu d’un ordre de détention administrative, sans procès ni accusation ou toute autre indication de charge contre lui.

Dès le début de son arrestation brutale dans le milieu de la nuit - en la présence de sa femme et de ses fillettes - il a été soumis à traitement inhumain et dégradant qui est totalement illégal et moralement inexcusable. Sa seule justification est d’intimider, sinon de terroriser les Palestiniens qui vivent depuis 45 ans sous le joug d’une occupation oppressive. Cette occupation rogne en permanence les droits des Palestiniens à l’égard du droit international humanitaire - en particulier leur droit à l’autodétermination, qui est empiété à chaque fois qu’un logement neuf est ajouté à des colonies de peuplement qui colonisent et parsèment les collines qui entourent Jérusalem et la Cisjordanie.

Le cas de Khader Adnan est un microcosme révélateur de la cruauté intolérable d’une occupation prolongée. Il souligne le contraste en Occident entre le souci de la dignité d’un prisonnier israélien et le refus obstiné de répliquer aux abus à l’encontre de milliers de Palestiniens qui croupissent dans les prisons israéliennes suite à des décisions judiciaires ou administratives.

Le père de M. Adnan a de façon poignante mis en évidence ce contraste il y a quelques jours en se référant à Gilad Shalit, le soldat israélien détenu en captivité par le Hamas pendant plusieurs années et récemment libéré en bonne santé : « Où sont la mère et le père de Gilad Shalit ? Ne ressentent-ils rien pour moi dans ce cas humanitaire ? Où sont-ils ? » Il est allé plus loin dans cette comparaison : « Mon fils a été arrêté à son domicile, parmi sa femme et ses enfants, il a été fait prisonnier, il ne portait pas d’arme, alors que Shalit participait à l’oppression des habitants de Gaza, en détruisant leurs maisons,.. en tirant sur eux, et Shalit a été libéré ».

Il est vrai que les personnalités politiques étrangères, en commençant par le Secrétaire général des Nations Unies, ont montré leur empathie pour la souffrance vécue par les Israéliens soucieux du bien-être de Gilad Shalit, mais ces mêmes personnalités sont remarquablement silencieuses dans l’épreuve beaucoup plus grave qui se déroule sous nos yeux avec la captivité de M. Adnan, apparemment jusqu’à sa mort. Il ne devrait pas être surprenant que les membres survivants des grévistes de la faim de l’IRA aient voulu exprimer leur solidarité avec M. Adnan et comparer l’expérience de la résistance irlandaise à la résistance des Palestiniens.

Et qui est Khader Adnan ? Nous ne savons pas grand-chose sur lui, sinon qu’il est un membre du Parti du Jihad islamique. Il n’y a aucune accusation portée contre lui l’impliquant dans des violences contre des civils. Son codétenu d’une période d’emprisonnement antérieure dans la prison d’Ashkelon, Abu Maria, se souvient de son comportement tout à fait normal et de son humanité alors qu’il partageait sa cellule, en soulignant son intérêt pour instruire d’autres Palestiniens : « La prison était comme une université à cette époque et il était l’un des professeurs ».

Commentant la grève de la faim d’Adnan, qui lui fait ressentir un chagrin extrême, Abu Maria dit qu’il est convaincu que Khader Asnan veut vivre mais qu’il ne vivra pas dans l’humiliation : « Il fait preuve de son engagement et de sa résistance de la seule manière possible pour lui maintenant, avec son corps ». "

Adameer, la respectée ONG palestinienne défendant les prisonniers, « tient Israël pour responsable de la vie de Khader Adnan, dont la santé est entrée dans une phase critique de façon alarmante, ce qui va maintenant avoir des conséquences irréversibles et pourrait conduire à une issue fatale à tout moment ». Les médecins qui ont observé son état actuel ont conclu qu’il pourrait tout au plus vivre encore quelques jours, en disant qu’une telle grève de la faim ne peut être maintenue au-delà de 70 jours dans aucun cas. Toute tentative d’alimentation forcée pour empêcher un prisonnier de mourir est largement considérée comme un abus supplémentaire, une forme de torture.

Enfin, le recours par Israël à la détention administrative dans les cas de ce genre est totalement inacceptable du point de vue de la Convention de Genève, particulièrement lorsqu’est refusée la divulgation des circonstances exceptionnelles qui pourraient justifier pour des raisons de sécurité immédiate l’utilisation d’un telle forme d’emprisonnement par ailleurs totalement illégale. Il y a actuellement au moins 300 Palestiniens détenus d’une manière similaire à celle de M. Adnan, et il n’est donc pas étonnant que des grèves de la faim de solidarité parmi les Palestiniens se développent comme moyen d’exprimer leur solidarité.

N’avons-nous pas atteint un stade dans notre considération des droits de l’homme où nous devrions interdire de telles barbaries ? Espérons que l’expérience terrible de Khader Adnan ne se terminera pas avec sa mort, et nous espérons qu’il suscite une protestation dans le monde entier à la fois contre la détention administrative et contre les mauvais traitements appliqués aux prisonniers. Le peuple palestinien n’a déjà que bien trop souffert.

Lire ici un communiqué de presse publié par le Bureau du Haut Commissaire des Nations Unies pour les Droits de l’Homme concernant la préoccupation Richard Falk à l’égard de la situation de Khader Adnan.

* Richard Falk est professeur émérite Albert G. Milbank de droit international à l’Université de Princeton et professeur éminent invité en études mondiales et internationales à l’université de Santa Barbara, Californie. Il a écrit et dirigé de nombreuses publications sur une période de cinq décennies, il a publié récemment le volume "International Law and the Third World : Reshaping Justice" (Droit international et tiers-monde : réorganiser la justice) (Routledge - 2008). Il remplit actuellement la fonction de Rapporteur Spécial de l’ONU sur les droits civils des Palestiniens et il est dans la troisième année de son mandat de six ans.

Du même auteur :

- Les enfants palestiniens, premières victimes de l’occupation par Israël - 6 mai 2011
- Goldstone donne une nouvelle vie au rapport sur Gaza - 26 avril 2011
- La violence d’Israël contre les manifestants du mur de séparation : du TERRORISME D’ETAT - 12 janvier 2011
- Les espoirs de Gaza coulés dans le plomb - 11 janvier 2011
- Les Palestiniens gagnent la bataille de la légitimité : cela va-t-il compter ? - 7 avril 2010
- Richard Falk exhorte à faire pression sur Israël pour la fin du blocus de Gaza et à appliquer le rapport Goldstone - 2 janvier 2010
- Pourquoi le rapport Goldstone est important - 26 septembre 2009
- Comprendre la catastrophe de Gaza - 8 janvier 2009

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- Sauvons Khader Adnan, en grève de la faim depuis le 17 décembre - 10 février 2012

19 février 2012 - Al-Jazeera - Vous pouvez consulter cet article à :
http://www.aljazeera.com/indepth/op...
Traduction : Info-Palestine.net - Claude Zurbach


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