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Finkelstein, le BDS et la destruction d’Israël

vendredi 2 mars 2012 - 07h:11

Ali Abunimah

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La vision de Norman Finkelstein sur le mouvement pour le Boycott, Désinvestissement et Sanctions pourrait bien être un peu myope.

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Finkelstein prétend que le mouvement BDS conduira à la « destruction » d’Israël, mais il suffit de se tourner vers l’Irlande pour avoir un exemple de solution durable à deux États.
(Gallo/Getty)

Dans une récente interview, et extrêmement controversée, Norman Finkelstein, longtemps fléau d’Israël, a retourné son arme contre les Palestiniens et ceux qui les soutiennent. Il a accusé le mouvement de boycott, désinvestissement et sanctions (BDS) d’être un « culte », et prétendu que ses réussites, étaient pour la plupart, exagérées.

Mais ce que voulait faire valoir Finkelstein surtout, c’est la conclusion à laquelle il dit être arrivé que si elles aboutissaient, les exigences de l’appel au BDS de la société civile palestinienne de 2005 équivaudraient à la « destruction d’Israël ».

Finkelstein s’en prend aux trois « niveaux » de l’appel BDS : qu’Israël mette fin à son occupation des terres arabes conquises en 1967 ; qu’il mette fin à toutes formes de discriminations et garantisse l’égalité pour les citoyens palestiniens d’Israël ; et qu’il respecte et soutienne les droits des réfugiés palestiniens, notamment leur droit au retour.

« Ils ne veulent pas d’Israël », a déclaré Finkelstein, « Ils se croient très intelligents. Ils appellent cela leurs trois niveaux... Nous voulons la fin de l’occupation, nous voulons le droit au retour, et nous voulons l’égalité des droits pour les Arabes en Israël. Et ils se croient très intelligents, parce que pour eux, la finalité de la réalisation de ces trois niveaux, c’est quoi ? Quelle est la finalité ? Vous le savez, et moi je sais quelle est la finalité : qu’il n’y ait pas d’Israël. »

Finkelstein a exigé que les Palestiniens abandonnent ce programme, « parce que si nous mettons fin à l’occupation et si nous ramenons six millions de Palestiniens et que nous ayons des droits égaux pour les Arabes et pour les juifs, il n’y a pas d’Israël ». Et il insiste en disant qu’une « solution à deux États » était la seule issue soutenue par le droit international.

Mettre l’appel BDS à l’épreuve

Pour les besoins du raisonnement, mettons la thèse de Finkelstein à l’épreuve. Mais auparavant, permettez-moi d’être clair sur ma position. Comme vous le savez, je soutiens, et je crois, que l’issue finale en Palestine historique sera un État unique.

De nombreux partisans du mouvement BDS, dont certains de ses fondateurs, sont sur la même ligne. Mais l’appel BDS en lui-même est agnostique, il se concentre sur les droits des Palestiniens, pas sur des modalités d’État - ce sur quoi Finkelstein a insisté en disant que ce n’était qu’une tromperie.

Ici, je vais faire une chose que je ne fais normalement jamais. Je vais faire valoir le cas d’une solution à deux États qui répond à toutes les exigences de l’appel BDS. En outre, il répondra pleinement aux souhaits de Finkelstein puisque se basant sur une solution que lui-même a approuvé.


« Je reviens tout juste d’Irlande du Nord » nous a dit Finkelstein dans son interview, « Ils ont trouvé un accord. Vous parlez avec les protestants, vous parlez avec les catholiques. La plupart des gens sont prêts à vivre comme cela. Vous savez, il y a certaines personnes qui trouvent cela inacceptable. Mais (pour) la plupart des gens, c’est d’accord, on peut vivre comme cela. Je pense qu’on peut trouver un accord pour la Palestine/Israël avec lequel pratiquement tout le monde, surtout les Palestiniens, pourront vivre ».

La question est donc de savoir si Finkelstein, et ses nouveaux champions sionistes (son interview a été largement et allègrement diffusée sur des sites et par des commentateurs anti-palestiniens), s’ils pourraient accepter une solution mettant en application les mêmes principes en Palestine historique, exactement comme ils l’acceptent pour l’île d’Irlande.

Rapide historique : colonialisme de peuplement et partition

Les conflits en Irlande et en Palestine sont les héritages d’un colonialisme de peuplement encouragé par la Grande-Bretagne. Dans chacun des cas, l’intervention coloniale de peuplement a créé deux revendications qui s’excluent mutuellement pour la souveraineté, la légitimité et l’autodétermination, étayées par deux récits diamétralement opposés et une réalité matérielle où une communauté a longtemps monopolisé le pouvoir, les ressources et les symboles d’un État pour dominer et dénigrer l’autre communauté. Dans les deux cas, les Britanniques ont imposé et facilité la partition, laquelle plutôt que de résoudre le problème sous-jacent n’a fait que transformer le conflit en de nouvelles formes d’antagonisme.

Chaque situation historique, et donc celle de la Palestine et celle de l’Irlande, est spécifique, toutefois il est possible et utile de les comparer, et dans ces deux cas, les similitudes sont plus importantes que les différences.

Les nationalistes irlandais semblent évoquer 800 ans d’histoire de colonialisme britannique, mais le conflit moderne ne peut être rattaché qu’à la colonisation de la partie nord-est de l’île, commencée au début des années mil six cent.

Alors que les autorités britanniques octroyaient des terres aux colons protestants venant d’Angleterre et d’Écosse, les natifs catholiques étaient obligés de se déplacer par la force et en grand nombre, un processus absolument identique à la façon dont les colons sionistes ont déplacé, et continuent de déplacer, les Palestiniens.

Bien que la Grande-Bretagne ait annexé l’Irlande en 1801, les rébellions nationalistes irlandaises répétées ont fait de la garantie d’un « Home Rule » irlandais (autonomie interne à l’Irlande tout en restant sous la tutelle britannique - ndt) le litige central dans la politique britannique durant la plus grande partie du XIXe siècle et le début du XXe.

Quant aux unionistes, généralement la population dominante et depuis longtemps protestante, ils étaient farouchement opposés au home rule, craignant qu’il ne mette en péril leurs statuts privilégiés. En 1912, des préparatifs unionistes, militants et militaires, ainsi que des menaces de violences ont réussi à dissuader les Britanniques de tenter de mettre en ?uvre un home rule.

Pendant ce temps, les nationalistes irlandais, à dominante catholique, gagnaient un soutien croissant en faveur de l’indépendance - surtout après l’exécution par les Britanniques des chefs du soulèvement raté d’Easter Rising (Pâques) en 1916, qui proclamait une « République irlandaise ». Lors des élections de 1918 au parlement britannique, le parti républicain Sinn Fein a remporté une victoire écrasante pour les sièges irlandais, avec une campagne pour une indépendance totale à l’égard de la Grande-Bretagne.

Après une guérilla entre forces britanniques et forces républicaines, qui s’est terminée dans une impasse, les deux parties ont signé le Traité anglo-irlandais en 1921 qui instaure un État libre d’Irlande, « dominion » autonome de l’Empire britannique, qui est devenu finalement la République d’Irlande.

Mais son territoire ne couvre que 26 des 32 comtés d’Irlande. Pour apaiser les unionistes, les Britanniques ont dans le même temps divisé l’île en formant également l’Irlande du Nord, État autonome et s’autogouvernant mais lié à la Grande-Bretagne, et tailladé de façon à posséder une majorité protestante des deux tiers.

Un État protestant pour un peuple protestant

L’Irlande du Nord est devenue un État avec un parti unique, unioniste. La résistance nationaliste contre la partition a été violemment réprimée par les forces britanniques et les milices unionistes. Moins d’un an après la partition, des centaines des catholiques avaient été tués à Belfast, 11 000 ont été contraints de quitter leur travail, et 22 000 - un quart de la population catholique de la ville - chassés de leurs foyers.

Dans une formule souvent attribuée au premier des Premiers ministres d’Irlande du Nord, Lord Craigavon, il est dit que le siège du gouvernement de l’État, à Stormont Castle, était un «  parlement protestant pour un peuple protestant ».

Les catholiques ont subi de graves discriminations au niveau de l’emploi, du logement, et de tous les aspects de la vie politique et culturelle. Ils voyaient l’Irlande du Nord comme une chose illégitime qui leur était imposée, et ses forces de sécurité comme une milice sectaire protestante qui assurait la domination unioniste.

Les unionistes voyaient en toute tentative de créer une Irlande unie une menace mortelle. En 1990 par exemple, James Molyneaux, dirigeant du Parti unioniste de l’Ulster, alors dominant, a qualifié la revendication constitutionnelle pour une République d’Irlande au nord d’une « volonté de détruire l’Irlande du Nord », « équivalant à la revendication de Hitler sur la Tchécoslovaquie ».

Ce langage ressemble à celui utilisé par les sionistes et Norman Finkelstein qui décrivent toute réforme fondamentale de l’État israélien pour qu’il mette fin à ses discriminations méthodiques contre les non-juifs, sans parler d’une solution à un État, comme l’équivalent d’une « destruction » d’Israël.

Une obsession de la démographie

A la partition, les catholiques représentaient un tiers de la population en Irlande du Nord. En 2001, ils en représentent 44 %.

Tout comme les Israéliens sont obsédés par la «  menace démographique » que représentent les naissances de Palestiniens, la crainte d’un taux de natalité relativement élevé chez les catholiques - qui pourrait donner la majorité aux catholiques dans le nord, nécessaire pour réunifier l’Irlande - était un thème récurrent dans le discours unioniste. « Ce que craignent fondamentalement les protestants en Irlande du Nord » a dit un ancien Premier ministre, « c’est d’être dépassés en nombre par les catholiques romains. C’est aussi simple que cela ».

L’égalité pour tous ou la « destruction d’Israël » ?

Au milieu des années soixante, après près de 50 ans de domination unioniste, les nationalistes ont levé un mouvement pour les droits civiques, modelé sur celui des États-Unis, exigeant une citoyenneté égale et la fin des discriminations systématiques contre les catholiques.

Ceci s’éloignait du républicanisme traditionnel, qui avait mis l’accent sur la fin de la partition, mais l’État unioniste a perçu ces exigences pour l’égalité des droits en Irlande du Nord comme une agression contre l’ « identité » protestante et l’existence même de l’État. Les unionistes ont réagi aux appels pour l’égalité et la réforme par la violence et, comme dans les années mil neuf cent vingt, les catholiques ont été une fois de plus victimes de pogroms.

Au cours de l’invasion israélienne de la bande de Gaza - en décembre 2008/janvier 2009 - qui a fait plus de 1400 tués palestiniens, pour l’immense majorité des civils, le journaliste irlandais chevronné, Patrick Cockburn, écrivait dans The Independent que la société israélienne lui rappelait « plus que jamais les unionistes d’Irlande du Nord dans les années soixante ». Comme les Israéliens, écrivait-il, les unionistes étaient une communauté « avec une mentalité très développée d’assiégés, qui les amène toujours à se voir comme des victimes, même quand ils tuent d’autre gens. Ils n’ont aucun regret ni même aucune conscience de ce qu’ils infligent aux autres et par conséquent, toute représailles par l’autre partie leur apparaît comme une agression injustifiée inspirée par une haine irrationnelle. »

En effet, la réaction d’Israël aux exigences palestiniennes pour une citoyenneté égale imite, de façon quasi identique, la réaction unioniste devant la campagne nationaliste pour l’égalité en Irlande du Nord. Israël définit également ces exigences comme une menace existentielle, comme un aveu tacite qu’inégalités et discriminations sont des éléments fondamentaux de l’État israélien. Comme Finkelstein l’a dit succinctement, « l’égalité des droits signifie la fin d’Israël ».

C’est pourquoi les citoyens palestiniens d’Israël et leurs représentants à la Knesset, telle Hanin Zoabi, sont confrontés à une rhétorique toujours plus hostile et à des projets de loi et des lois discriminatoires - du serment de loyauté aux interdictions de commémorer la Nakba, aux dispositions réservant les emplois et la terre à des vétérans de l’armée (favorisant de fait les juifs), à la loi relative à la Citoyenneté qui rend impossible pour des citoyens israéliens de faire venir leur conjoint-e palestinien-ne dans le pays pour vivre ensemble (le nouveau livre de Ben White, Palestiniens en Israël : ségrégation, discrimination et démocratie en est une excellente introduction).

Bref, Israël a réagi aux appels à une citoyenneté égale avec la même insistance qu’il met pour être reconnu comme un « État juif et démocratique ». Tout comme les unionistes d’Irlande du Nord insistaient pour un État protestant pour un peuple protestant, aux dépens des catholiques et de leurs droits humains, les sionistes du XXIe siècle exigent un État juif pour un peuple juif, aux dépens des Palestiniens.

Les « Troubles »

Le refus violent des unionistes opposé aux exigences nationalistes pour l’égalité, à la fin des années soixante, a déclenché trois décennies de guerre civile larvée, appelée les « Troubles », au cours de laquelle 3500 personnes ont été tuées et 50 000 blessées - près de 2 % de la population d’Irlande du Nord.

Avec la montée des violences, les Britanniques ont dissous le gouvernement unioniste en 1972, ils ont imposé un gouvernement direct depuis Londres et envoyé l’armée britannique. L’État unioniste s’est effondré, mais le statu quo de la domination unioniste a été préservé, de sorte que l’armée qui à l’origine avait été envoyée pour protéger les catholiques a commencé rapidement à agir, et à être vue par les catholiques, comme une force d’occupation.

Une Armée républicaine irlandaise reconstituée (IRA) a repris la lutte armée, d’abord pour défendre les communautés catholiques mais, par la suite, elle est passée à l’offensive contre la police, l’armée et la milice unioniste (sous le nom de « loyalistes »). L’IRA et d’autres groupes républicains armés ont effectué des attentats à la bombe et des assassinats politiques qui ont fait des morts parmi des non-combattants, notamment en Grande-Bretagne.

Les tactiques britanniques incluaient les couvre-feux, les internements (emprisonnement sans inculpation ni procès, comme la « détention administrative » d’Israël, elle aussi héritage du joug colonial britannique en Palestine), les assassinats et les exécutions extrajudiciaires, et il existait une importante collusion, aujourd’hui largement démontrée, entre les forces de l’État et la milice loyaliste qui a tué des centaines de non-combattants catholiques dans des agressions brutales et sectaires.

Une solution à deux États en Irlande

En 1998, unionistes et nationalistes ont signé l’Accord de Belfast. Cet accord instaure, en effet, un État binational en Irlande du Nord, où les nationalistes irlandais vont partager le pouvoir avec les unionistes probritanniques.

Il ne supprime pas l’Irlande du Nord, mais il bannit, une fois pour toutes, l’ « État protestant » et il consacre l’égalité comme principe fondamental.

L’accord ne répond pas à la question, notamment, de savoir si les six comtés qui forment l’Irlande du Nord doivent rester intégrés au Royaume-Uni ou rejoindre une Irlande unie, mais il met en place les principes et les mécanismes pour déterminer les domaines sur lesquels repose la souveraineté et ce qui se passerait en cas de changement.

Fondamentalement, l’accord stipule que si l’Irlande du Nord reste intégrée au Royaume-Uni, ou si elle s’intègre à une Irlande unie,

« le pouvoir du gouvernement souverain dans sa compétence doit être exercé avec une impartialité rigoureuse au nom de toutes les personnes dans la diversité de leurs identités et traditions, et doit être fondé sur les principes d’un total respect de l’égalité, des droits politiques, sociaux et culturels, de l’absence de discriminations pour tous les citoyens, et d’une parité d’estime et d’un juste et égal traitement pour l’identité, les philosophies et aspirations des deux communautés. »

L’Irlande du Nord n’a pas le « droit d’exister »

Ceci a été possible parce que les Britanniques ont effectivement cessé de revendiquer l’Irlande du Nord comme une entité qui a le « droit » d’exister. Un moment marquant s’est produit en 1992 quand le secrétaire d’État britannique pour l’Irlande du Nord a reconnu que, « à condition que cela soit préconisé constitutionnellement, il ne peut y avoir aucune juste raison pour exclure un quelconque objectif politique des discussions. Certainement pas l’objectif d’une Irlande unie... »

Dans le cadre de l’accord, les nationalistes ont concédé que la réunification de l’Irlande ne pouvait intervenir que par le consentement d’une majorité en Irlande du Nord.

Par conséquent, l’Accord de Belfast ne reconnaît aucun droit distinct à l’autodétermination pour les unionistes en tant que tels, ou les protestants en tant que tels, qui correspondrait à un droit spécifique pour les juifs à l’autodétermination en Palestine historique.

Les unionistes jouissent du droit à participer à l’autodétermination, avec les nationalistes, en tant qu’habitants légitimes du territoire. Pas plus, pas moins.

Liberté de déplacements et citoyenneté

Il existe une totale liberté de déplacements, de résidences et d’emplois transfrontaliers (garantie en tout cas par les règles de l’Union européenne) entre les deux juridictions de l’île d’Irlande, de même qu’il existe le droit à la pleine citoyenneté dans l’un et l’autre État. En outre, une telle citoyenneté ne peut être retirée à quiconque, même si le statut de l’Irlande du Nord est modifié. Il n’y a rien pour arrêter les catholiques qui s’en vont vers le nord, ni pour arrêter les protestants qui descendent vers le sud.

Afin d’inverser la longue histoire de discriminations, les organismes publics et officiels en Irlande du Nord sont soumis à l’obligation statutaire de promouvoir l’égalité entre les individus et les communautés, et les mesures de protection adoptées dans les législations britannique et irlandaise sont conçues pour s’assurer que ces pratiques sont conformes aux normes des droits de l’homme européennes et internationales. L’application des mesures antidiscriminatoires en Irlande du Nord est strictement respectée, et même si les catholiques sont toujours, en moyenne, plus pauvres que les protestants, l’écart s’est rétréci.

Une forme de militantisme solidaire dans les années quatre-vingt aux États-Unis - quelque peu analogue au BDS - a exigé que les sociétés états-uniennes qui faisaient des affaires en Irlande du Nord respectent les Principes de MacBride, qui interdisent toute forme de discrimination sectaire.

Un modèle pour la Palestine historique ?

L’Accord de Belfast préserve une « solution à deux États » existant en Irlande à moins et jusqu’à ce que les gens dans les deux juridictions ne fassent le choix d’un autre accord. Mais en attendant, il a fallu que l’un des États - l’Irlande du Nord - passe d’une ethnocratie oppressive à une démocratie inclusive. L’accord exige aussi que la République d’Irlande renforce ses propres droits humains et garanties d’égalité.

Donc, si l’Irlande du Nord est le modèle, comment peut-il être transposé à la Palestine ? De toute évidence, Israël doit devenir comme l’Irlande du Nord, un État binational avec une stricte égalité et une totale représentation pour tous les citoyens. Toutes les lois qui privilégient les juifs doivent être abolies et des mesures fortes doivent être prises pour corriger les injustices, historiques et présentes, et empêcher de futures discriminations. Un État palestinien devra ne pas être moins engagé dans l’égalité.

Il y aurait une totale liberté de déplacements et de résidences entre Israël et l’État palestinien, et parce que les privilèges ethniques et raciaux auront été abolis, les réfugiés palestiniens pourront exercer leur droit au retour dans l’État de leur choix et y obtenir la citoyenneté.

La République d’Irlande garantit la citoyenneté à toute personne venant de l’étranger ayant un grand-parent né en Irlande, indépendamment du contexte religieux ou ethnique. Une loi similaire peut remplacer la « Loi du retour », loi raciste d’Israël, qui garantit la citoyenneté uniquement aux juifs, discriminant les Palestiniens.

Les juifs n’ont pas de droits distincts à l’autodétermination, mais comme les protestants en Irlande du Nord, ils jouissent pleinement de leurs droits démocratiques de participer à l’autodétermination en tant que résidents du territoire.

Tous ces principes sont à la base de l’Accord de Belfast et pourtant, ils ne signifient pas pour autant la « destruction de l’Irlande du Nord ». Ce qu’ils ont fait, et à juste titre, c’est d’en finir avec des privilèges religieux pour les protestants, aux dépens des catholiques.


Donc, la question alors pour Norman Finkelstein, et pour les sionistes qui sont horrifiés par l’idée d’une solution à un État unique, c’est : peuvent-ils accepter deux États dans ces conditions ? Si leur réponse est oui, alors il est clair que l’appel BDS est totalement compatible avec une solution à deux États, et Finkelstein devrait retirer son allégation comme quoi BDS ne serait qu’une tromperie.

Mais si Finkelstein et les sionistes ne peuvent accepter une solution à deux États dans ces termes, alors, nous savons que ce n’est pas le nombre d’État qui les soucie. Mais que leur priorité c’est de préserver les privilèges raciaux et coloniaux pour les juifs aux dépens des droits fondamentaux des Palestiniens.

C’est quelque chose que les Palestiniens et leurs amis et sympathisants, comme les nationalistes d’Irlande du nord, ne peuvent jamais - ne doivent jamais - accepter, quel que soit le nombre d’États existant dans leurs patries respectives.


*Ali Abunimah est l’auteur de One Country, A Bold Proposal to End the Israeli-Palestinian Impasse. Il a contribué à The Goldstone Report : The Legacy of the Landmark Investigation of the Gaza Conflict.
Il est le cofondateur de la publication en ligne The Electronic Intifada et consultant politique auprès de Al-Shabaka, The Palestinian Policy Network.

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Chicago, Illinois, le 28 février 2012 - Al Jazeera - Traduction : Info-Palestine/JPP


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